Sexe, drogues et rock’n roll
Disons-le tout net : le titre de cet article est clairement mensonger. Vous ne trouverez ici nulle trace de sexe hard, pas la moindre vidéo bondage ni même de photos de nains en bas-résilles et costumes de latex sodomisant une chèvre en rut bourrée (ou l'inverse). Quand aux drogues, il s'agit en fait des C.A.M.E. (Contes Atroces et Musicaux Euphorisants), courtes histoires dédiées à des chansons de notre playlist officielle (principalement composée de rock énervé, sur ce point nous avons dit vrai, nous ne sommes pas de complets charlots). La suite est donc limpide : les 50 chansons les plus C.A.K.E. et de petits contes trash et distrayants à lire au boulot, entre midi et deux ou n'importe quand (pour les chômeurs et les retraités qui nous lisent, et ils sont nombreux).
Méthylène Craspec
# LES 50 CHANSONS LES PLUS C.A.K.E.
Beaucoup de rock, un peu de chanson à texte, une pointe de rap énervé : tel est la recette du C.A.K.E. (ou la recette de cake) pour beugler à tue-tête des inepties les soirs d'hiver jusqu'à en vomir ses Schweepes-vodka sur des photos de la nymphomane anorexique Carla Bruni-Sarkozy (qui peuvent avantageusement remplacer du papier toilette bon marché en cas de diarrhée aiguë). Trêve de blagues vaguement scatologiques, place à la musique qui tache : aucun ordre particulier dans cette liste, si ce n'est pour la première chanson, l'hymne officiel du C.A.K.E., à écouter tous les matins en se levant dans le cadre de notre propagande universelle effrénée ¾ « Les Trois Copains » de Constance Verluca.
LES TROIS COPAINS de Constance Verluca
Depuis ma plus tendre enfance, je souffrais de spasmophilie, source de bien des tourments et de déboires avec lesquels je préfère ne pas vous embêter. Par un beau matin d'été, ni tenant plus et bien décidée à me débarrasser de ce problème qui me gâchait la vie, j'allais voir le docteur Mollart. Le docteur Mollart n'est pas un docteur comme les autres, il faut le savoir : il fume le cigare en consultation ¾ parfois même des substances moins licites ¾, ne daigne pas toujours lever les yeux de son Siné Hebdo vers son patient et surtout reçoit et ausculte dans sa caravane aménagée. Certains prétendent qu'il est un Jean-Claude Romand en puissance. Bref, il me reçut comme à son habitude en peignoir rose et sandalettes en plastique, affalé dans son fauteuil en rotin ¾ souvenir du tournage d' « Emmanuelle II » où il était figurant ¾ et je lui exposais mon problème.
¾ Docteur, il faut absolument que vous m'aidiez : je suis spasmophile.
¾ C'est quoi ça, spasmophile ?
¾ Je sais pas, c'est vous le docteur, non ?
¾ Oui, t'as raison, ma poulette.
¾ En tout cas je suis sûre que j'ai ça : j'ai vérifié sur Internet, j'ai tous les symptômes. C'est à cause du stress qu'ils disent sur « viensvoirledocteur.com »
¾ Fallait le dire tout de suite, j'ai ce qu'il te faut ma mignonne.
Il écrivit sur son bloc-notes à l'aide d'un stylo à l'effigie de Titi de Titi et Grosminet.
¾ Vous ne me faites pas une ordonnance ? demandai-je, étonnée.
¾ Rupture de stock : j'ai plus d'ordonnance.
¾ Ah bon.
¾ Peu importe le papier pourvu qu'on ait l'ivresse, comme disait je sais plus qui.
¾ Y a vraiment quelqu'un qui disait ça ?
Il plia la feuille en quatre et me la tendit en souriant.
¾ Je vous dois combien, docteur ?
¾ Rien, mais dis à ta mère de venir me voir. Et appelle-moi Jean-René.
¾ D'accord, merci Jean-René, au revoir alors.
¾ Au revoir, petite, et suis bien la prescription.
Je sortis de la caravane, dépliai la feuille et lu : « Chocolat, héroïne et vodka : matin, midi et soir et dans cet ordre jusqu'à disparition complète des symptômes ».
LONDON CALLING des Clash
Ma mémé adore les Clash !
Je sais, ça peut étonner mais c'est parce que vous ne connaissez pas ma grand-mère. Ma mémé ¾ elle déteste que je l'appelle comme ça alors je le fais exprès ¾ roule en Harley, a un tatouage géant représentant un homme nu dans le dos, ne crache pas sur un peu d'ecsta le week-end en boîte avec son mec de 25 ans et ne connaît pas Julien Lepers ni Laurent Romejko. Stacy c'est le pseudo qu'elle s'était trouvée dans le ferry qui l'emmenait de Calais à Douvres en 1977, abandonnant définitivement son nom de baptême ¾ Paulette ¾ et sa famille de bourgeois pharmaciens coincés qui voulait qu'elle joue « La lettre à Elise » au piano, devienne avocate ou au moins greffière et fasse un beau mariage avec un mec du R.P.R. Mais ma grand-mère avait un autre plan qui se résume en deux mots : no future !
En 1977, Stacy avait 25 ans, mai 68 c'était déjà du passé et la France de Giscard, c'était pas franchement l'éclate pour une punkette un peu délurée. Ma mémé, elle aurait pu être Blondie si elle avait voulu mais elle avait pas voulu et puis elle était trop brune et elle aurait préféré crever plutôt que de se teindre les cheveux, une vraie féministe ! C'était une belle femme et elle a fait sensation à Londres, cette frenchie. Elle a vite sympathisé avec pas mal de dealers et du coup elle a eu ses entrées à tous les concerts des meilleurs groupes de punk de l'époque : Clash, Sex Pistols mais aussi tous les autres, connus et moins connus, y compris ceux qui n'ont pas fait long feu entre O.D., bagarres, reconversions express dans la City. Ma mémé, c'est pas une mytho : elle a des preuves, y a des photos d'elle backstage avec le gratin du rock cool de l'époque
Ma mémé, elle aurait pu se faire zigouiller par Sid Vicious à la place de cette quiche de Nancy Spungen : heureusement elle l'a largué juste à temps, avant qu'il parte à New York et pète définitivement un câble. Ma mémé, elle dit qu'il vaut mieux pas que je comprenne l'anglais parce que la dédicace que lui a faite Joe Strummer sur le 33 tours « The Clash » est franchement salace.
A son retour en France en 1980, elle est devenue une icône punk à Couilly-Pont-aux-dames et accessoirement la femme la plus détestée de la commune. Fidèle à ses principes, elle a mis un point d'orgue à ne jamais bosser et à vivre de rapines un peu comme une pirate moderne. Elle dit qu'elle a fait une seule erreur dans sa vie : ma mère.
Dommage que ma mémé nous ait renié moi et maman : elle dit qu'on n'est « qu'une petite famille mono-parentale à la con qui ne pense qu'à jouer à la Wii, payer ses impôts à l'heure et manger cinq fruits et légumes par jour. »
Faut avouer qu'elle a pas tort.
BORDERLINE de Katerine
Dans son entourage, nul n'ignorait les habitudes de vie de M. Régis Poulard, l'homme le plus prévisible du monde, son unique excentricité en 38 ans de vie ayant été une folle passade pour la colombophile à l'âge de 14 ans, mais comme il devait l'expliquer plus tard pour justifier cette incartade, « je m'étais laissé entraîner ».
Pourtant, un jour au moins dans sa vie, Régis Poulard étonna ses contemporains : c'était le 21 août 2009 vers 7h45 quand le métro puant le transportait comme tous les jours vers une morne journée de travail dans les bureaux d'une P.M.E. située au Sud-Est de Bagnolet où il exerçait depuis 15 ans l'honorable profession de comptable adjoint.
Régis Poulard sortit de sa serviette en cuir marron usée son lecteur MP3 et sélectionna « Borderline » de Katerine, chanson qu'il avait téléchargée la veille mais qu'il n'avait encore jamais écoutée. Grave erreur : il découvrit à ses dépens qu'on ne ressort pas indemne de l'écoute de certaines chansons complètement barrées. En effet, dès les premières notes, l'angoisse monta dans la poitrine de Régis Poulard, lui étreignit le cœur, le fit suffoquer. Cette musique du troisième millénaire donnait l'heure d'ouverture de Monoprix, de fermeture des Assédics et j'en passe, elle était grave flippante et Régis flippa grave sa race quand la voix du chanteur dit « Tout va bien » d'un ton pour le moins ambigu.
¾ Non, tout ne va pas bien ! hurla-t-il en se roulant sur le sol devant des passagers indifférents.
¾ Y a un docteur ici ? demanda quelqu'un d'un peu plus humain que la moyenne, avant de se raviser et de descendre au premier arrêt.
Régis descendit aussi, en tremblant, ses écouteurs toujours sur les oreilles, il n'arrivait plus à éteindre cette satanée machine et suite à une fausse manœuvre, la même chanson repassait en boucle. C'était ça l'enfer et en même temps c'était sa vie : emploi du temps absurde, journées toutes identiques, horaires respectés à la seconde près et dans quel but ? Sa vie était vraiment à chier et il en prit conscience, là, sur ce quai de métro, à cet instant précis, par une matinée ensoleillée d'été. Il attendit que le métro s'éloigne, prit sa respiration comme un enfant prêt à se jeter pour la première fois seul dans le grand bain et sauta sous la rame.
« Tout va bien » continuait à chanter Katerine et sa néo-secte inquiétante dans le lecteur MP3 alors que le corps de Régis Poulard se faisait broyer par le métro.
I WANNA BE YOUR DOG d'Iggy Pop
Dans un pavillon bas de gamme à crédit d'une banlieue modeste quelconque, en cette belle année 2009, des femmes filment une vidéo pour la mettre en ligne sur Internet.
¾ Vas-y, Martine, fais6le aboyer, encourage une femme entre deux âges, en train de filmer la scène au portable.
¾ Aboie, le chien, aboie.
En face de Martine, 54 ans, ouvrière d'usine au chômage pour cause de délocalisation, un homme sexagénaire, chauve et bedonnant, est à quatre pattes, en caleçon, relié à elle par une laisse. Il s'exécute sous les rires et quolibets des douze ouvrières jadis sous ses ordres.
¾ Mets la musique, Gina.
¾ Ok, c'est parti, dit Gina en appuyant sur le bouton « lecture » de la chaîne hi-fi de son salon.
« Now I wanna be your dog » chante Iggy Pop.
¾ Ah, il fait moins le malin là, Monsieur le patron… « on va tous se serrer la ceinture » qu'il disait, c'est nous qui nous sommes mises au régime, regarde comme il est gras lui, il s'en ai foutu plein la lampe tous les midis au restau du coin, dit Laurence, la plus jeune.
¾ Ouais, moi avec les trois-huit, j'ai même plus faim, je dois me forcer à manger.
¾ Et pour dormir, c'est pareil, moi j'ai plus jamais sommeil quand c'est le moment de dormir et au boulot j'ai les yeux qui se ferment.
¾ Ouais et pour la vie de famille, je te dis pas : ma fille me fait tout le temps la gueule parce que je suis trop crevée pour lui faire réciter ses cours et je suis au bord du divorce.
¾ Attends, Martine, j'ai une idée : on va lui faire bouffer sa pâtée.
¾ C'est qui, qui va manger sa pâtée ? C'est le bon chien-chien à sa mémère.
¾ Gina, plus fort la musique, on n'entend rien !
« Now I wanna be your dog. Now I'm ready to close my eyes. Now I'm ready to close my mind » hurle de plus belle Iggy l'Iguane, faisant se déhancher l'assemblée.
¾ Tiens, regarde, on devrait changer de chanson : y en a une qui s'appelle « Dog food » sur le best-of, suggère Laurence tandis que Gina verse de la pâtée Dog Dog dans une assiette et l'apporte à son ex-patron.
¾ Tu vas enfin la goûter ta bouffe pour chien aux cendres de carcasses d'animaux, depuis trente-cinq piges que tu te fais des couilles en or avec…
¾ Allez, mange, Médor.
CELEBRITY SKIN de Hole
Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours détesté l'été ¾ la transpiration, le bruit assourdissant du ventilateur, tous ces ploucs en tongs ¾ mais je me souviens d'un été pire que les autres : l'été 1999, celui où ma belle-sœur se prit pour Courtney Love. Stéphanie, la copine de mon frère n'était pas fute-fute, mais j'étais habituée, les copines de mon frère sont toujours très connes. Je veux dire, il a pas besoin de sortir avec Marie Curie ou Hannah Arendt mais une fille qui écrit De Gaulle avec un seul L je trouve ça limite/limite.
Stéphanie venait d'avoir son C.A.P. de coiffure avec mention (je savais même pas qu'on donnait des mentions pour les C.A.P.), on l'avait fêté et le lendemain elle avait la gueule de bois. On avait encore tous bien mal à la tête quand on est allé à la F.N.A.C. Elle a acheté l'album « Celebrity skin » de Hole (elle avait pas mauvais goût en musique, c'était sa seule qualité à cette pauvre fille) et en rentrant elle l'a mis sur la platine et elle a dit : « je vais me faire le look de Courtney Love ».
Le lendemain, la transformation avait eu lieu : elle s'est faite une décoloration maison, s'est achetée une panoplie « teenage whore » avec nuisette rose et blanche à moitié transparente et talons aiguilles et elle s'est fait son trip Courtney Love. Heureusement, elle était plus Nutella qu'héro et mon frère c'est pas vraiment Kurt Cobain… Je ne sais pas si le pire c'était quand on se promenait avec elle dans la rue et que tout le monde nous regardait comme si on était des extraterrestres ou quand on était à la maison et qu'elle braillait « Oh make me over/ I'm all I wanna be/ A walking study/ In demonology », avec une louche en guise de micro en se regardant dans la vitre du buffet du salon.
Une fille déguisée en Courtney Love à Clairac (Lot-et-Garonne) ça ne passe pas inaperçu c'est le moins qu'on puisse dire. Sa maison était taguée d'obscénités et la nôtre aussi par la même occasion, vu qu'elle était tout le temps fourrée chez nous. Inutile de dire que pour sa recherche d'emploi à Stéphanie, ça a été plutôt galère. A son premier entretien, la gérante du salon « Coup tif' », qui pourtant ne ressemblait pas à grand-chose, lui a dit :
¾ C'est super votre look mais on n'est pas à L.A. ici : la cliente de base n'est pas fan de grunge, c'est plus une mémé qui vient se faire une mise en plis.
Bah, elle s'en foutait du boulot. Ce qui a mis fin à sa période Courtney Love ?
Je dirais sa nuit en taule pour « racolage sur la voie publique ».
WAVE OF MUTILATION des PIXIES
Extérieur nuit. Soir d'hiver. Brume. Maison de ville. Garage. Des cris de femmes. Un bruit de tronçonneuse. Une musique très forte. Les Pixies. « Wave of mutilation ». « Cease to resist, giving my goodbye, drive my car into the ocean. » Cris de femme. « You'll think I'm dead and I sail away ». Bruits de tronçonneuse. « On a wave of mutilation ».
¾ Coupez, impec, on l'a cette scène de massacre.
¾ J'ai crié assez fort ?
¾ Oui, oui, c'était bon, Nathalie, t'inquiète.
¾ Non, parce que sinon, je peux crier plus fort.
¾ Non, ça va, je te dis.
Un ado en sweat gris à capuche s'affaire dans un coin du garage, puis demande des indications au réalisateur, pas tellement plus vieux que lui mais avec déjà des allures de pro :
¾ Nico, tu la veux comment ta vague de sang ?
¾ Ben j'en sais rien moi une vague, quoi.
¾ Ouais mais tu vois y a vague et vague.
¾ Pas un tsunami mais pas une vaguelette non plus, mais que ça ait de la gueule.
¾ Parce que je galère un peu avec le moteur du ventilo et du coup j'ai peur qu'elle soit trop petite.
¾ Tu sais elle va pas surfer sur cette vague, ça n'a pas à être réaliste, c'est une scène onirique. Le seul truc c'est que je veux pas que ça ait l'air ridicule, genre on a fait tomber une bouteille de ketchup.
¾ Au fait, t'es sûr que ton grand-père il dira rien pour les essais de faux-sang dans sa baignoire ?
¾ Tu parles ! Il se lave une fois par mois.
¾ T'es dégueulasse, il est déjà sympa de nous laisser faire le court-métrage ici.
¾ Quand je lui ai dit qu'on faisait un court-métrage, il a dit « quoi ? y a une courge à l'étage ? ».
¾ Une courge à l'étage ? Trop fort ton vieux.
Au même instant, le grand-père du réalisateur en herbe décide de se prendre un bain, d'où la stupéfaction, vingt minutes plus tard, quand on finit par le découvrir :
¾ Nico, faut que tu viennes dans la salle de bain : y a ton vioc qui est dans la baignoire de faux-sang, je crois qu'il a eu une crise cardiaque.
C'EST LE MOMENT DE MOURIR de Constance Verluca
A l'hôpital Raymond Domenech, c'est la fête en ce jour d'été : le soleil brille, les oiseaux chantent, les femmes sont belles et surtout la bande des 4 ¾ les scénaristes de la plus grosse série française comique du moment ¾ est en visite dans la place, enfin trois d'entre eux car le quatrième est hospitalisé en oncologie et pour lui ça sent le sapin.
¾ Un autographe peut-être ? demande le beau gosse de la bande à une infirmière aguicheuse croisée dans un couloir.
¾ J'préfèrerais un rencard.
¾ Pas de problème beauté : voilà mon numéro.
¾ Alex, t'as fini de draguer, notre pote est en train de crever et toi tu penses qu'à sauter des infirmières.
¾ Attends, la vie continue mon pote : tu crois pas que je vais rentrer dans les ordres parce que Laurent va nous quitter ?
¾ Non, t'as raison, et puis s'il était à ta place, il ferait pareil.
¾ Ouais après tout, il a bien profité de la vie le saligaud.
¾ D'accord, mais 41 ans c'est jeune, il avait encore plein de trucs à faire.
¾ Bon, les gars haut les cœurs, on va pas le voir pour chialer, mais pour lui remonter le moral.
¾ Ca sert plus à rien de lui remonter le moral, le doc a dit qu'il en avait pour quelques jours.
¾ Ben justement, si c'est la dernière fois qu'on le voit faut qu'il garde une bonne image de nous.
¾ Oui et ça serait génial qu'il parte avec le sourire.
¾ A propos, t'as le disque ?
Quelques minutes plus tard, dans la chambre de Laurent, ses amis lui passent « C'est le moment de mourir » de Constance Verluca : « C'est le moment de mourir, plus le moment de vivre, il va falloir nous quitter comme 80 milliards de gens l'ont déjà fait ».
¾ Les gars, ça me fait pas rire, j'ai peur et je veux un prêtre.
¾ Laurent, tu déconnes ! T'as toujours adoré cette chanson en plus.
¾ Dégagez avec votre disque et trouvez-moi un prêtre, j'ai plus envie de rigoler !
¾ T'as tort parce que c'est le moment ou jamais, dit Alex en refermant la porte.
JE SUIS MORT QUI QUI DIT MIEUX de Higelin
« Je suis mort qui qui dit mieux ? Ben, mon pauv' vieux voilà autre chose »
Avez-vous déjà vu un mort ? Je ne veux pas dire un cadavre, mais un homme mort qui revient. Moi oui.
Tous les soirs à minuit, en plein milieu des Champs-Élysées, un homme chante une chanson de Higelin : « Je suis mort qui qui dit mieux ? ». Cet homme ressemble à Higelin. Cet homme c'est Higelin. Il est mort. Il revient. Tous les soirs à minuit. Sur les Champs-Élysées. Pour chanter. Bien sûr, on n'est pas en 2009 mais plutôt en 2045 ¾ laissons-lui de la marge, laissons-nous de la marge, déjà Gainsbourg, déjà Bashung, si y a une justice il laissera passer Johnny devant ¾ et lui, insouciant, inconscient, léger, il chante à tue-tête. Sur les Champs-Élysées. Tous les soirs. A minuit.
« J'ai perdu mon âme en chemin, qui qui la r'trouve la jète aux chiens »
Parfois un clochard bourré lui demande de chanter « Champs-Élysées » mais il refuse. D'autres fois, un fêtard un peu âgé se souvient de lui, le prend pour son sosie et lui demande « Un grain de poussière » ou « Champagne » mais il refuse.
« A faire l'amour avec la terre, j'ai enfanté des petits vers blancs, qui me nettoient, qui me digèrent, qui font leur nid au creux d'mes dents »
En 2045, comme aujourd'hui je le crains, le poète n'est pas le bienvenu au royaume des hommes, d'autant plus si c'est le fantôme d'un poète. Jacques Higelin, Jacquot le funambule, l'éternel homme-enfant, finit en cellule de dégrisement sur le coup des une heure du matin. A côté les putes. A côté les clodos. A côté les fous. Il s'endort. Il s'évapore. Plus là au matin. Manque à l'appel. C'est comme ça les fantômes. Il reviendra. Sur les Champs-Élysées. Tous les soirs. A minuit.
« Riez pas du pauv' macchabée »
REQUIEM POUR UN CON de Gainsbourg
Dans un bistrot banal, un jeudi, sur le coup des 13h45, une bande d'amis quadras et quinquas s'apprête à finir son dessert.
¾Vous croyez qu'on a le temps de prendre un café ?
¾ J'en sais rien, ils ont dit 14 heures, l'heure c'est l'heure avec ces machins-là, ça rigole pas, l'entreprise de la mort tourne à plein régime.
¾ Ouais, en flux tendu.
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