Coups de projo
Dans cette nouvelle rubrique, notre estimée consœur Bertille Oléoduc vous entretiendra régulièrement de ce qui la fait gavé triper, comme disent les ados incultes ratiocinant sans cesse leur vie de merde avec trente mots de vocabulaire. Il sera ici question de films, de romans, d'épisodes de SoeurThérèse.com ou de toute autre chose, car en l'espèce je ne sais foutrement pas de quoi elle va parler. Signalons que les produits culturels évoqués dans cet article ne sont pas destinés à être achetés par quiconque : volez-les ! Fourrez-les dans votre calbute à
Pour accompagner votre lecture, je vous propose une sélection de musique spécial fille parce que….ben parce que je suis une fille mais ça pourrait changer ¾ pas mon sexe bien sûr, je parle de la sélection de chansons que je changerai régulièrement. Un mix de chanson française pas idiote (beaucoup moins que la moyenne), de rock qui envoie du gros (je ne dis pas rock couillu, ça serait malvenu) et de pop délicate, parce qu'on est des filles quand même merde et que les filles c'est délicat. Je serai ravie d'avoir votre avis et vos commentaires non seulement sur les conneries que je raconte mais aussi sur la sélection musicale.
MA RENTRÉE LITTÉRAIRE par Méthylène Craspec télécharger au format PDF (72 Ko)
Depuis la librairie/crêperie familiale, la jeune Méthylène Craspec délivre ses bons conseils de lecture (et de non-lecture) pour vous aider à faire le tri parmi la masse de livres (souvent médiocres) qui nous assaille à chaque rentrée de septembre. L'on y apprendra, entre autres choses, qu'un bouquin d'Amélie Nothomb se marie très bien avec la pâte à crêpes, que Nicolas Fargues fait des photos un poil racoleuse pour vendre ses torchons et qu'Erik Orsenna devrait d'urgence se reconvertir dans n'importe quelle profession qui n'implique aucune activité littéraire.
SIX MOIS DE COUPS DE PROJO ! télécharger au format PDF (167 Ko)
Que fallait-il lire, entendre et voir durant les six premiers mois de l'année sous peine de passer pour un fieffé trou-du-cul dont l'existence pathétique n'est pas sans rappeler la vie putride et lâche de cette tanche en costard d'Eric Besson ? La réponse à cette question se trouve dans cette compilation de tous les coups de projo livre/cd/dvd/télé de Bertille Oléoduc de janvier à juin 2009 (où il est question de Bernie, Desproges, Earl, Noir Désir, Jean-Pierre Martinet, Tropic Thunder, Black Lips, etc.), immédiatement accessible pour la modique somme de rien du tout (En bonus : les Nouveautés Politiquement Incorrectes et les Vermines du Mois du semestre écoulé).
LES COUPS DE PROJO DE L'ETE ! télécharger au format PDF (189 Ko)
C'est la rentrée, mais ne soyez pas moroses : Bertille Oléoduc est là pour vous livrer ces coups de gueule et ces coups de cœur, bref, ces coups de projo ¾ où il est question du dernier album d'Arctic Monkeys, de District 9, de Bouli Lanners, de Laura Kasischke, d'Alain Guiraudie, de Brigitte Fontaine qui est vieille et qui vous encule, de Park Chan Wook et de Grey's Anatomy, de B.O. de films qui dépotent, de Woody Allen et même de l'ignoble Francis Lalanne.
# Le cinéma multi-facettes de Bong Joon-ho
Le cinéma coréen ne se résume pas à Park Chan-Wook, c'est pourquoi j'ai envie de vous parler d'un jeune réalisateur génial, qui n'en est encore qu'à l'aube d'une carrière de grand réalisateur.
Son premier film Memories of murder a reçu quatre récompenses dont le Grand Prix au festival du film policier de Cognac en 2004. Le film s'inspire d'une histoire vraie : l'enquête que la police d'une petite ville près de Séoul mena pour traquer le premier serial killer de Corée. Mais le terme « inspirer » paraît presque inapproprié tant la reconstitution minutieuse non seulement de l'enquête telle qu'elle s'est déroulée mais aussi de tous les détails du quotidien (intérieurs, mobiliers, vêtements, etc.) des années 80 est réussie. Film policier classique au sens où le suspens tient une place prépondérante, critique de la police coréenne de l'époque (à la fois incapable et peu scrupuleuse, voire malhonnête), et surtout film extrêmement réussi au niveau de la réalisation et de la photo (et ce dès les premières minutes avec la découverte du premier cadavre au milieu des champs), Memories of murder marque l'entrée de Bong Joon-ho dans la cour des très grands dès son premier film (au final inattendu, avec la magnifique scène du tunnel).
Après le polar inspiré d'une histoire vraie, Bong Joon-ho revient deux ans plus tard, en 2006, en partie avec les mêmes très bons acteurs, avec un film fantastique des plus ambitieux. Film de monstre (tendance monstre du Loch Ness), The Host a tout d'abord pour mission de faire peur et autant le dire tout de suite c'est réussi à 100% mais le film est aussi une assez fine métaphore politique sur les ravages de l'emprise américaine en Corée. Visuellement, c'est carrément époustouflant (la scène où le monstre apparaît pour la première fois, sortant de l'eau par une belle journée ensoleillée pour terroriser des familles pique-niquant au bord de l'eau et kidnappant dans ses tentacules une enfant, mais aussi la course-poursuite dans les égouts de Séoul), le réalisateur s'étant entouré des meilleurs spécialistes des effets spéciaux. Aucun effet (ralentis, musique) n'est surligné mais tout est terriblement efficace. Ce qui me bluffe chez ce réalisateur, c'est à quel point il est habile dans l'art de jongler avec les émotions du spectateur : on passe en un clin d'œil de la peur au rire et du rire aux larmes. Considérer The Host seulement comme un film de genre pour les fans inconditionnels d'Alien (comme la jaquette du DVD pousse à le croire) serait une grave erreur : je ne suis pas moi-même une grande amatrice de films de monstre, qu'ils soient de série B ou Z, je n'ai même pas vu Alien et ça ne m'a pas empêché d'apprécier à sa juste valeur ce grand film d'un réalisateur à suivre.
Justement, pas plus tard qu'hier, j'ai vu Tokyo, film en trois segments qui nous propose trois visions très différentes de Tokyo par trois réalisateurs qui n'ont pas tellement de points communs (hormis qu'ils sont de sexe masculin) : Michel Gondry, Léos Carax et celui qui nous intéresse ici Bong Joon-ho. Interior design de Michel Gondry (adapté d'une B.D. de Gabrielle Bell) est sympa mais sans plus même si la fin est étonnante, quant à Merde de Leos Carax, j'avoue que je ne sais trop qu'en penser, à part que Denis Lavant est vraiment un putain de bon acteur mais cette histoire n'a ni queue ni tête et on ne voit pas trop où il veut en venir…peut-être que lui-même n'en sait rien. Par contre, avec Shaking Tokyo, Bong Joon-ho élève franchement le débat à un niveau très supérieur (créant ainsi un fossé entre lui et ses deux collègues à peu près comparable à celui existant entre Citizen Kane et un film amateur en super 8, sans vouloir offenser Gondry pour qui j'ai une certaine tendresse). Il est le seul des trois à relever vraiment le défi de la commande, à savoir : qu'est-ce que vous inspire Tokyo ? Les deux autres réalisateurs auraient pu situer leurs histoire dans n'importe quelle autre grande ville… Mais revenons à Shaking Tokyo, magnifique film sur la solitude où l'on entre dans l'univers d'un hikikomori, un jeune homme s'isolant volontairement depuis dix ans dans son appartement, sans travail, sans ami et encore moins de petite amie. Il survit grâce à l'argent que lui envoie son père (des billets dans une enveloppe, sans même un petit mot) et se fait livrer ses courses, notamment des pizzas ¾ et c'est par une livreuse de pizzas, justement, qu'une brèche va s'ouvrir dans sa vie morne, triste, solitaire et réglée comme du papier à musique. Lui qui paye les livreurs sans les regarder dans les yeux depuis dix ans voit un jour des jambes féminines qui lui donnent envie de lever la tête et de se confronter à un visage et un regard. Rien n'est dit mais la longueur du plan et l'intensité des regards nous font comprendre qu'il s'est passé quelque chose d'important. Il a l'intelligence et le courage de s'engouffrer dans la brèche et de sortir dans la rue, laissant le spectateur, qui jusque-là n'avait vu qu'un intérieur plein de cartons de pizzas et de rouleaux de papier toilette méthodiquement empilés, découvrir une maison envahie par la végétation… Jamais rues vides n'ont été filmées de façon aussi bouleversante et quand le personnage masculin observe depuis la rue les jeunes gens enfermés chez eux et se demande depuis combien de temps ils ont renoncé à vivre, on a le cœur serré… Quand les maisons menacent de s'effondrer et que la terre tremble, obligeant les hikikomori à sortir affronter le monde et les autres, inutile de préciser qu'on est plus dans la métaphore que dans
Bref, Bong Joon-ho est un prodige, cent coudées au-dessus de tous les réalisateurs français ¾ nombrilistes, sans ambition et à la réalisation terriblement stéréotypée.
# Un pastiche en forme de polar : « Et si c'était niais ? » Pascal Fioretto (Chifflet & Cie)
Excellent recueil de pastiches avec en prime une intrigue policière traversant chaque texte et les reliant entre eux. Un psychopathe menace le petit monde littéraire, de B.H.L (rebaptisé DHL) à Christine Angot (Anxiot) en passant par Bernard Werbeux ou Anna Galvauda. On constate au passage que le flic de Fred Wargas, Adam Seberg, se glisse à merveille dans l'univers bling bling avec des marques à chaque phrase de Marc Lévy (rebaptisé Lévis). Je vous conseille surtout « Barbès vertigo » de D.H.L. et « Ils ont touché à mes glaïeuls (Journal, tome XXII) » de Pascal Servan qui sont pour moi les plus réussies. Du coup, j'ai bien envie de lire son nouveau livre, toujours de pastiches, intitulé L'élégance du maigrichon où il vise, en plus des chantres (chancres ?) de la littérature commerciale (Muriel Barbery en tête), des valeurs sûres de la littérature française depuis quarante ans, chouchous de deux générations de critiques littéraires (Patrick Modiano pour ne pas le nommer) et ça a l'air plutôt bien vu d'après les extraits que j'ai entendus. Mais je vous en direz plus quand je l'aurai lu…
Extraits :
« Barbès Vertigo » de Denis-Henri Lévy :
« Je me fixais impitoyablement dans le miroir piqueté de taches brunes. Sous l'éclairage blafard du néon, mon visage retrouvait peu à peu ses traits fins et réguliers. Réconfortante vision. Roborative même. Et plus que roborative, rassérénante. Signal d'un soulagement pour ainsi dire renforcé et revigoré. Je savais pourtant que la barbarie pouvait, elle aussi, avoir ce beau visage, humain, grave, aux longs cheveux bruns, aux sourcils bien dessinés, au regard impliqué et volontaire, au crâne intelligent. Je bus un peu d'eau à même le robinet. « Abreuvez l'homme, vous irriguerez sa pensée. Donnez lui des pneus, il fera de la vodka », m'a dit un jour Soljenitsyne. »
« Des fourmis et des anges » de Bernard Werbeux :
« On ne voit pas les choses de la même façon selon qu'on a
En passant le seuil et une veste en tweed, il embrassa sa femme aimante et ses enfants alignés.
¾ Surtout, ne te fais pas renverser par un scooter en traversant la rue, lui glissa son épouse à voix basse et à l'oreille en le dévisageant de haut en bas avec intensité.
¾ Pas de soucis, mon ange gardien me protège ! répondit-il en caressant le visage de la femme, la tête de ses enfants et le projet de prendre une assurance-vie. »
« Ils ont touché à mes glaïeuls (Journal, tome XXII) » de Pascal Servan
« Mornemolle, 10 mai
Anniversaire de l'accession au pouvoir de François M. Avec le vicomte, comme chaque année, nous avons gravi à pieds ma roche du Solutré miniature. Je l'ai voulue plantée de cerisiers en plastique toujours en fleurs. Mais il est bien loin, le temps des cerises, du gai rossignol, des merles moqueurs… Jack L. m'a faxé ses fidèles encouragements. Danielle viendra-t-elle un jour ? Qui se souvient que naguère je votais à gauche ?
Je pense à tous ces jeunes socialistes en jeans moulants si bien remplis avec qui, jadis, j'ai fêté l'arrivée de la gauche, au fin fond des jardins du Trocadéro. J'en revois certains : ils sont devenus gros et chauves. Il en va ainsi des gens de « progrès » : ils finissent toujours par se renier. »
# Pour rire (un peu) du suicide : « Fakirs » de Antonin Varenne (Viviane Hamy)
Premier roman d'un écrivain qui ne manque ni de style, ni d'humour noir et qui, mine de rien, nous dit deux/trois trucs sur la société actuelle. Ce roman commence par un ton humoristique décalé (galerie de portraits de flics à la ramasse) puis il s'étoffe et prend une autre ampleur au fur et à mesure que l'intrigue se complique, que de nouveaux personnages apparaissent (le moindre personnage secondaire qui n'apparaît que durant une ou deux pages est incroyablement vivant) et que les deux histoires se rejoignent vers le milieu du livre.
Le lieutenant Guérin, un solitaire vivant avec un perroquet lubrique et affublé de son stagiaire Lambert, travaille à la brigade des Suicides où il se sent comme un poisson dans l'eau. En parallèle, dans un coin paumé du Lot, John ¾ un jeune franco-américain thésard en psychologie comportementale défroqué ¾ vit dans un tipi, à l'écart du monde. Convoqué au commissariat, on lui apprend qu'un ami ¾ son seul ami ? ¾ est mort et qu'il doit aller à Paris identifier le corps. Cet homme, un homo junkie, fakir et hémophile est mort en plein spectacle sado-maso avec des crocs de boucher...
Un petit air de Garrec et Palardoux qui n'est pas pour me déplaire et le hasard fait que dans « Bibliomanie » (une HISTOIRE ATROCE à télécharger sur le blog), le stagiaire s'appelle aussi Lambert et il ressemble un peu à celui de Varenne. Les dialogues sont enlevés tout en sonnant juste, les personnages assez étoffés et il y a une originalité et une recherche dans les descriptions (des lieux comme des gens) qu'on trouve rarement dans les polars.
Extraits :
« Roman, Savane et Berlion. Aux Homicides, faire du bon boulot n'excluait pas la possibilité d'être débile. Ils en étaient la preuve par trois. »
« Guérin trouvait problématique de compatir aux souffrances des familles. Ces démonstrations confuses et tardives le mettaient mal à l'aise. Lambert, lui ¾ comme chaque fois que la fille était jolie ¾, s'était mis à chialer avec les parents. Le lieutenant Guérin, gêné, l'en remerciait silencieusement. Si la sensibilité répugnait aux flics, le public ne s'en plaignait pas. Les familles adoraient Lambert. Guérin avait toujours eu besoin, dans sa vie d'un homme qui sache pleurer. Il l'avait trouvé deux ans plus tôt, corail endormi, dans un petit bureau au plafond gorgé de sang. »
Le film « Divorce » est la suite logique de « Mariage », par une réalisatrice aux gros sabots, Valérie Guignabodet, à côté desquels ceux de mon grand-père paysan pourraient être assimilés à des escarpins à talon aiguille de
· Rejeton illégitime des séries télé et de la littérature « Le chœur des femmes » de Martin Winkler (P.O.L.)
Un livre à la fois politiquement incorrect, drôle, féministe, prônant une médecine plus humaine ¾ l'auteur est médecin généraliste ¾ et qui doit beaucoup aux séries médicales US.
Jean, jeune interne ambitieuse au caractère bien trempé ¾ elle ressemble un peu à Christina de « Grey's anatomy » mais elle a aussi un côté House ¾ se retrouve au service gynéco de l'hôpital de Tours et le moins qu'on ne puisse dire c'est que ça ne l'enchante pas : elle préfère la chirurgie au bla bla de bonnes femmes sur leurs règles douloureuses (et on peut la comprendre). Elle doit affronter le docteur Franz Karma, médecin quinqua iconoclaste, adoré de ses patientes et du personnel féminin de l'hôpital. Le premier contact est difficile…puis les choses changent petit à petit.
Au fil des 600 pages, Winkler nous donne à entendre les voix des femmes, jeunes ou vieilles, heureuses ou malheureuses, malades ou en bonne santé, souvent inquiètes et seules face à leurs problèmes et leur doutes. Le style est très agréable et fluide, avec une alternance de dialogues, de monologues intérieurs et de description d'entretiens et d'examens ¾ tout en étant assez vulgaire, comme le prouve l'extrait suivant.
Extrait :
« En quittant les salles d'accouchement, je n'avais qu'une hâte, c'était de retourner au bloc. Là au moins, les femmes ne crient pas, elles ne posent pas de questions, elles veulent simplement qu'on règle le problème, qu'on fasse sauter la tumeur qui leur dévore le sein ou le foutu utérus qui saigne de tous ses fibromes ¾ et ça c'est seulement de la petite bière, le plus intéressant c'est tout de même la dentelle : monter du 95 B sur une planche à pain sans lui laisser une cicatrice, prélever six ovocytes dans un ovaire infoutu de les cracher tout seul, les féconder in vitro et les mettre au four dans l'utérus en faisant que ça lève, ou alors le fin du fin ¾ je ne rêvais que de ça depuis la première fois que j'avais vu Girard, le chef de chirurgie plastique, refaire un hymen ¾ en l'occurrence, celui d'une conne très pauvre qui avait baisé tant et plus depuis l'âge de quatorze ans et voulait se refaire une beauté à vingt-trois ans pour épouser un connard très riche afin de lui faire croire, au cours de la nuit de noces, que c'était leur première fois à tous les deux ¾ elle avec un homme, lui avec une vierge. Girard savait les tricoter exactement comme il fallait. Je me souviens en frissonnant de son sourire et de son monologue satisfait, au moment où il serrait les dernier nœud : « Voilà ! A présent, elle l'a juste assez étroit pour qu'il débande au premier essai ; juste assez sensible pour qu'elle crie au premier passage quand il remettra ça, comme si c'était vraiment la première fois, cette salope ; et juste assez fragile pour qu'elle se déchire et saigne au premier coup de queue ¾ pas trop, mais quand même assez pour qu'elle fasse une tache sur son drap nuptial. Et si ça se trouve, la belle-mère voudra l'étendre au balcon…Bref, juste ce qu'il faut pour que le type ne l'ait pas volé sa nuit de noces. Du grand art. »
· Le journal d'un ado déglinguo : « Un homme louche » de François Beaune (Verticales)
On se plaît à imaginer la sitcom sur les Dugommier adaptée de la première partie du livre ¾ qui n'aurait rien à voir avec celles de France 2 ¾ : Jérôme, le père, un maigrichon toujours à bricoler au garage et à se prendre pour un inventeur, Marise, la cinquantaine alerte faisant le repassage en écoutant la radio, Emma qui lit des gros livres, parle à sa pieuvre et fume des roulées…et Glaviot, sortant des photos d'intérieur de dinde en plein dîner et observant son monde en entomologiste en attendant son heure.
Malheureusement, comme on pouvait le craindre, la deuxième partie est beaucoup moins drôle et intéressante : peut-être parce qu'il n'y a pas grand chose de drôle et d'intéressant dans la vie d'un homme de 40 ans, surtout pas le regard qu'il pose sur lui-même. Et franchement, niveau citations, Borgès, Gracq et Musil sur quelques dizaines de pages, c'est peut-être un peu too much.
Extraits :
« La famille Dugommier occupe le chalet 9, dit « Chez Irène ». La communauté chalésienne est répartie en quatorze chalets. La population est de quatre-vingt-trois habitants, dont trois paires de jumeaux et jumelles, une bossue, cinq alzheimers, vingt et un cancers du sein, cinquante-huit fausses couches environ, trois héroïnomanes (et woman), quinze alcooliques (dont six femmes), sept épileptiques et deux agoraphobes (dont moi). Ce que les journaux appellent une population métissée. »
« Bien sûr une fellation pour Noël, ça serait mieux qu'un atlas. »
· Un polar extra sur la mafia « Vendetta » de J.R. Ellory
Un gros roman (650 pages) à conseiller à tous les fans de « Scarface » et du « Parrain », aux amateurs de littérature américaine haut de gamme et à ceux qui souhaiteraient réviser l'histoire américaine de ces cinquante dernières années…
Ellory, qui avait déjà écrit un superbe roman « Seul le silence » dont on vous a déjà parlé ici, récidive avec un polar sur la mafia où le suspens n'a rien à envier à la profondeur des personnages, le tout dans un style impeccable…je vous garantis que vous n'aurez jamais lu un livre aussi vite que « Vendetta ». Comme dans son premier livre, il est beaucoup question de silence, de mémoire, d'enfance, de la violence des adultes, de possibilité d'une seconde chance.
L'histoire se déroule en 2006 à
Je précise quand même qu'un membre du C.A.K.E. digne de ce nom ¾ et j'espère bien l'être ¾ ne peut cautionner la morale bourgeoise et neuneu du roman, à savoir « rien n'est plus important que la famille ». Je préfère donc retenir cette phrase souvent citée par plusieurs personnages : « L'astuce, c'est de continuer de respirer » qui correspond plus à ma philosophie de vie.
Extrait :
« Je suis arrivé à La Nouvelle Orléans au début de l'année 2000. Le mardi gras faisait déborder les rues. Le Vieux Carré était vivant et vibrait au son de la musique et des voix, des feux d'artifice de couleurs dans les rues d'Orléans, de Toulouse, de Chartres, de Saint Anne, de Saint-Philippe, de Bourbon et de Bourgogne ; dans les salles du Preservation Hall et de Dixieland : les syncopes ondulantes du jazz mêlées au blues gospel du Sud profond, et parmi tout ça, mes souvenirs… Saint-Jacques le Majeur, Ougou Feray, l'esprit africain de la guerre et de l'acier. Le serpent et la croix dans le même cimetière à la Toussaint, le festival animé de Vyèj Mirak, la Vierge des Miracles, et sa contrepartie vaudoue Ezili, la déesse de l'amour. Ils buvaient pour nourrir l'esprit. Sacrifiant des pigeons blancs au loa Petro. Le jour des morts, le Baron Samedi, loa des morts. »
# Enfin une fille drôle et politiquement incorrecte à la radio : « Bons baisers de Manaullt »
Si comme moi vous pensez à changer de sexe quand vous entendez que l'humour féminin est incarné par Anne Roumanoff, écoutez France Inter le samedi et le dimanche à 8h55. Une fille nommée Manault y fait une pastille de trois minutes sur des sujets délicats : il y est souvent questions des relations entre hommes et femmes (pour ou contre l'éjac faciale ?) mais aussi de sujets plus sociétaux qu'elle aborde de façon décomplexée et assez dérangeante. Tout le monde en prend pour son grade : les vieux beaux, les sales cons, les pétasses, les mal baisées, j'en passe et des pires. Les textes sont en général très bons et bien joués avec des gimmicks qui fonctionnent bien. Bref, c'est drôle, gonflé et bien vu : au C.A.K.E., on adhère.
VERMINES DU MOIS : Isabelle Balkany et J.F. Copé
Chez Ruquier, la première adjointe au maire de Levallois (c'est qui déjà le maire ? Ah oui, c'est son mari, le gros Patrick Balkany), Madame Balkany était venu défendre le petit Jean dont elle a vanté le mérite, le talent, presque le génie (j'ai adoré quand Naulleau lui a sorti qu'il fallait pas déconner et que, à 23 ans et en deuxième année de droit, « il était plus près du cancre que de Pic de la Mirandole»). Hasard de la composition du plateau, face à Katsuni, l'actrice porno bankable, la plus vulgaire n'était pas celle qu'on aurait pu croire (comme l'a noté Yann Moix particulièrement en forme, je dois le reconnaître, même si je suis loin d'être fan de ce type et que son film a l'air tout pourri). Plus étonnant peut-être, la plus conne des deux n'était pas non plus celle qu'on aurait pu croire et l'actrice porno a fait face avec beaucoup de classe et d'humour à tous ces types avec leur blagues en dessous de la ceinture, là où la notable politicarde n'a guère convaincu. Décidément, le couple Balkany est bien assorti : tous deux puent la suffisance, le bling bling et l'obscénité.
A égalité avec Isabelle Balkany, ce bon vieux Copé sur le plateau de l'émission assez pitoyable de F.O.G. ¾ vendue comme une émission littéraire mais qui parle de tout sauf de littérature ¾ qui a eu le culot de faire un parallèle entre le fils de riche diplômé obligé de s'exiler aux States et le jeune maghrébin qui envoient des lettres de motivation et que personne ne daignent même recevoir en entretien. Les conséquences de cette discrimination ne sont pas les mêmes dans les deux cas : si l'un se retrouve dans la Silicon Valley à bosser comme un con pour entretenir un train de vie de Ricain, l'autre, privé de projets d'avenir tue le temps en tenant les murs de sa cité… Pour être gonflé, le parallèle était gonflé, voire obscène.
# Un très bon film passé (presque) inaperçu : « The Chaser » de Hong jin-Na
Encore un super polar venu d'Asie ! Entre le célèbre réalisateur d'« Old Boy » Park Chan Wook pour la violence (le tueur suspend ses victimes à des crocs de boucher et les laisse se vider de leur sang, poursuites et combats à mains nues, scène de fin hyper violente) et l'excellent auteur de « Memories of Murder » et « The Host » Bong Jon Ho, pour le récit de l'enquête de la police et un certain mélange de registres (suspens, émotion, crudité, pointe d'humour et détournement des codes du polar). L'histoire est celle d'un ex-flic devenu proxénète (anti-héros qui passe son temps à jurer et à tabasser tout ce qui bouge) qui voit ses « filles » disparaître dans la nature. Croyant d'abord à des fugues, il finit par s'inquiéter non par compassion mais parce qu'elles lui doivent du fric. Pensant dans un premier temps qu'un autre mac lui a piqué ses filles, il finit par comprendre qu'elles ont été kidnappées par un malade qui les a sûrement tuées. Des courses poursuites dans des ruelles étroites, une pluie presque permanente, des crocs de boucher, du suspens, une réalisation sans fioriture ni esthétisation exagérée de la violence (que l'on reproche souvent à Park Chan Wook), du désespoir, un peu d'humour et un beau plan final : un thriller très réussi à voir d'urgence, preuve supplémentaire de la vitalité du cinéma asiatique et de son infinie supériorité sur le cinéma de genre français.
# DEUX VERMINES DU MOIS : Fabrice Santoro et Jocelyn Quivrin
Premièrement parce que je déteste le prénom Fabrice. Deuxièmement, parce ce que ce mec cherche le bâton pour se faire battre. Vous vous doutez bien que je ne me suis pas fait chier à lire son autobio insipide. J’ai écouté la chronique de Didier Porte sur France Inter (tous les jours à 12h05 : la seule chose de bien dans « Le fou du roi ») et j’y ai appris que Santoro a été en couple avec Astrid Veillon, a soutenu Sarkozy aux présidentielles et habite en Suisse. Il ne lui manque plus qu’une alliance, une chevalière, une gourmette et une chaîne autour du cou et il aura la parfaite panoplie du connard trentenaire à éviter absolument (ou alors c’est à vos risques et périls mais on vous aura prévenus). Bref, si l’idée saugrenue d’acheter le bouquin de ce naze qui a besoin de ses deux mains pour tenir sa raquette, ne l’achetez pas et procurez-vous plutôt le livre de chronique de Didier Porte paru aux éditions de la Découverte.
Une fois n’est pas coutume, l’une des Vermines du mois est un mort, preuve qu’au C.A.K.E. on n’a pas peur de tirer sur les cadavres. Jocelyn Quivrin, un acteur beau gosse mort dans un accident de bagnole (dans une ridicule voiture de sport) à 30 piges un week-end de novembre, très certainement pour préparer façon Actor’s studio un biopic dur Lady Di : abonné aux seconds rôles et aux téléfilms, ayant joué dans un max de navets (« LOL », « L’empire des loups », « 99 francs ») et, pire que tout, « compagnon » de l’actrice-qui-aurait-dû-rester-mannequin Alice Taglioni et père d’un gosse de huit mois, le C.V. du loser total à la française. Allez R.I.P., Joc’, et sans rancune…

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