Nestor et Bontempi
Dans cette mini-série tout en dialogues commandée par André Glucksmann, chargé de mission par le Ministère des Vieux en Couches, il est question de la haine viscérale que se vouent deux vioques en maison de retraite délabrée, le très à droite Nestor Mouton et le gauchiste Karl Bontempi. Tous deux affectés de troubles divers, reclus dans la seule chambre non condamnée du dernier étage du bâtiment insalubre en raison de leurs propos régulièrement obscènes gênant leurs voisins, ils s'entredéchirent tels deux hyènes hirsutes dans un no man's land sentant le chloroforme et la fin de vie trash en pérorant sur des sujets d'actualité brûlants. Un exemple à éviter pour nos vieux débris au cerveau qui fond.
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Nestor et Bontempi : En attendant Besancenot télécharger au format PDF (41 Ko)
Une aventure grand format des deux vieux les plus à la ramasse de la littérature underground contemporaine, exceptionnellement échappés de leur maison de retraire miteuse pour parcourir le vaste monde et rejoindre (en vain) les rangs du N.P.A.
Episode 6 : Une burqa pour Johnny
La chambre 666 est le théâtre d'un terrible affrontement entre deux retraités sur la jante ; Nestor et Bontempi ont rapproché leurs lits pour y installer à cheval un plateau de jeu où s'accumulent de petites maisons rouges et vertes :
¾ Non, je payerai pas ! s'énerve Karl Bontempi en secouant son bras en mousse. Voilà le racisme de classes, l'infâme escroquerie des puissants véreux qui dépouillent le peuple abasourdi : les salopards nantis comme toi, ils ont pas besoin de fric, c'est tout ce que j'ai à dire !
¾ Payez, Bontempi, payez ou gare ! menace Nestor Mouton qui en tremblote. Vous êtes sur mes trois hôtels rue de la Paix, vous devez payer, c'est le jeu, mon vieux.
¾ Ah, ah, on veut faire raquer le prolétariat ! Ordure ! Trader de mes deux !
¾ Tricheur ! Gougnafier !
¾ Du calme, messieurs, du calme ! dit l'infirmière qui vient d'entrer, la voix étouffée par son grand masque blanc anti-grippe mexico-porcine.
¾ Diantre, mais que fait ici cette bougresse apathique en burqa ? demande Mouton. A-t-elle été recensée parmi les R.G. ?
¾ Ouais, c'est la 368e, dit Bontempi goguenard. Ils ont oublié de la compter, elle était pas recensée sur les listes des vendeurs de burquas.
¾ Des vendeurs de kebabs, ou ça ? Prévenez-moi, Bontempi, nous sommes attaqués !
¾ Messieurs, cessez de faire les enfants : je vois que vous avez encore inversé vos médicaments, résultat monsieur Mouton tremble comme un shaker et vous Monsieur Bontempi vous suez comme un bœuf dans un abattoir. Vous n'êtes pas bien jobards, croyez-moi.
¾ Et toi, tu te crois jobarde peut-être ? éructe Mouton en balançant ses pilules. On devrait vous traiter à la nigériane, vous avez un pantalon, bim, 40 coups de fouet !
¾ Vous portez un masque à la con parce que vous avez peur des vieux qui postillonnent leurs maladies rances, bang, 60 coups de fouet ! renchérit Bontempi en détachant son bras en mousse pour l'attaquer avec.
¾ C'est bon, c'est bon, je m'en vais ! dit l'infirmière apeurée qui prend la fuite.
¾ Bien joué, Bontempi, vous avez ramené l'ordre dans notre chère tanière malodorante. Quoique fameuse loque humaine la plupart du temps détestable, vous n'en êtes pas moins un homme de poigne, tel notre idole national, le grand Johnny Holiday.
¾ Pff, Johnny, laisse-moi rire, il fait son malin avec ses pantalons en cuir, sa femme de 25 ans toute débilos et sa gamine mi-Chintok mi-autiste mais il est comme nous, c'est qu'un pauv' schnoque à la masse, une épave toute fissurée avec les cartilages en berne, il se pète la hanche comme tout le monde, faut pas croire, sauf que lui il se viande sur son yacht et nous dans les chiottes, mais le résultat est le même, y'a pas de mystère.
¾ Vous parlez avec la sagesse d'un bonze, dit Mouton soudain apaisé.
¾ Qu'est-ce qui te prend, tu débloques, tête de nœud ? demande Bontempi. Mais tu t'es enfilé les doses de médocs pour la semaine, bougre de con ! Recrache ça tout de suite, tu vas claquer, vieille tache !
¾ Laissez-moi en paix, je veux écouter les paroles de ce petit troll tout sec, dit Mouton en voyant à la télé Sarkozy déblatérer ses conneries habituelles sur le perron de l'Elysée.
Episode 7 : Maxime Brunerie en burkini
Dans la chambre d'hôpital 666 de la maison de retraite « Les Trois Chardons », tout part à vau-l'eau : l'ampoule du plafond est grillée et Karl Bontempi et Nestor Mouton, vers les huit heures passées, en sont réduits à se battre pour profiter de l'unique lampe :
¾ Arrêtez de faire l'enfant, Bontempi, je suis en train de lire !
¾ Et moi, banane, tu crois que je joue au strip poker avec Annie Lemoine ?!
¾ Un moine ? Où ça ?
¾ Je lis moi aussi, bougre de con ! Marx, « Le Capital », ça te parle ?
¾ Vous devriez avoir honte de lire de telles cochoncetés, Bontempi : faites comme moi, lisez de la vraie littérature ! Les grands auteurs, y'a que ça de vrai !
¾ Quoi ?! Mais pauvre tache, t'es en train de lire le bouquin de Juppé, « Je ne mangerais plus jamais de fraises en été » !
¾ C'est des cerises en hiver, inculte ! Je vous savais sous-diplômé mais à ce point, c'est grave ! Vous savez que même Maxime Brunerie a un BTS ?
¾ Un BTS de quoi ? De « je-réussis-même-pas-à-buter-cette-vieille-cloche-de-Chirac », option néo-nazi ?
¾ Bontempi, vous m'exaspérez, je ne peux plus lire ! Allumez la boîte à images télévisuelle que je me détende le cortex !
Bontempi choppe la télécommande et tombe sur France 2 en plein journal de Marie Drucker habillée en fuchsia.
¾ Quoi ? Marie Drucker, elle qui depuis ses quinze ans s'habille en vieille veuve corse sous antidépresseurs, fringuée en rose comme Roselyne Bachelot avec cinquante kilos de moins ?!
¾ Un cachalot ? Vous êtes sûr ? Ca c'est l'effet de serre, le réchauffement climatique, voilà que des cachalots clabaudent à nos fenêtres en plein mois d'août ! On marche sur la tête, Bontempi, on marche sur la tête !
¾ Tu t'hallucines, mon vieux, je parle de sa tenue !
¾ A propos de tenues seyantes, parlons de la burqa maillots deux-pièces, le burkini : savez-vous que ma grand-mère avait déjà breveté l'invention, elle qui allait se baigner en combinaison de ski ? Résultat, tout le monde la prenait pour un homme, c'était fort dérangeant, croyez-moi.
¾ Ah ouais, comme la coureuse sud-africaine qui doit subir des tests de féminité pour prouver qu'elle est pas un mec. On va lui demander de faire quoi : la vaisselle, le repassage, le ménage en écoutant du Abba ?
¾ Des abats, bonne idée. J'ai sacrément faim, je boufferais un âne entier avec des petites pommes de terre et de l'échalote.
¾ Et moi, je mangerais jamais plus de brugnons en automne, peste Bontempi.
¾ C'est des mûres au printemps, pauvre cinglé ! s'énerve Nestor Mouton en assommant son camarade avec le bouquin de Juppé.
Episode 8 : Un Auvergnat ça va, deux ou trois bonjour les dégâts
C'est l'agitation dans la chambre 666 de la maison de retraite « Les Trois Chardons » en banlieue de Menton : Nestor et Bontempi s'adonnent depuis leurs lits aux joies simples du jeu de fléchettes, le premier tirant sur une photo de Martine Aubry et le second sur une photoshopée de Nicolas Sarkozy.
¾ Cessez immédiatement ce carnage, Bontempi, vous venez de toucher notre président à l'œil ! Vous ne voulez pas que notre bien-aimé guide de la nation soit borgne ?
¾ Comme ça tout le monde verra sa ressemblance avec Le Pen, répond Karl Bontempi en balançant une autre fléchette en plein dans le pif du pauv'con de droite.
¾ Vous trouvez que Sarkozy ressemble à une hyène ?
¾ Non, à Le Pen, je dis, le vieux bouledogue sénile d'extrême-droite dont la fille à l'air d'une candidate recalée à « Tournez Manège », rapport à ce qu'a dit Hortefeux sur les Arabes, un ça va, mais plusieurs, v'là les problèmes !
¾ Il est pas raciste, Porte-feux, si on peut plus faire une blague sur un Arabe sans que ce soit mal pris, où va le monde ? Vous savez, ces gens-là ont plus d'humour qu'on ne le croit.
¾ Ben ça j'espère qu'ils en ont de l'humour, vu les conneries qu'on entend : Hortefeux parlait pas des Arabes mais des Auvergnats, c'est bien connu, en bande, ils sont redoutables les Auvergnats, pire que des bêtes furieuses !
¾ A qui le dites-vous ! Figurez-vous que j'ai habité un temps à Clermont-Ferrand, et bien je n'osais pas sortir de chez moi passées dix-huit heures, de peur de tomber sur un clan de loubards Auvergnats prêts à me faire la peau. Rien que d'en parler, j'ai des sueurs froides.
¾ Moi ce dont j'ai peur, c'est de France Télécom. Dans cette boîte, tous les gens se suicident comme des lemmings au bord d'une falaise, c'est n'importe quoi ! Si ça se trouve, rien qu'en faisant leur numéro vert, moi aussi je vais avoir envie de me foutre en l'air.
¾ Fieffé dégoûtant, vous ne pensez qu'à vous envoyer en l'air alors que je souffre le martyr ! s'énerve Nestor Mouton en jetant ses fléchettes par terre. On va peut-être bien tous mourir de la grippe R2D2 et vous vous voulez forniquer ?!
¾ Mais non, espèce de taré, t'es sourd comme un pot de géranium, tu comprends rien à ce que je raconte !
¾ Vous voulez qu'on recompte ? Mais moi aussi, j'aimerais bien, je pense que Martine Aubry a triché, la bougresse, d'ailleurs je vois pas comment elle aurait pu gagner les élections au Gabon. Dites, vous saviez que c'était la fille d'Omar Dibongo ?
¾ C'est Manu Dibango, vieille tanche ! Et puis tu confonds tout, tu m'énerves à la fin ! dit Bontempi en faisant mine de le viser avec une fléchette.
¾ Ah ça y est, Bontempi, vous montrez votre vrai visage, la violence, toujours la violence ! Vous êtes comme ces ouvriers qui veulent profiter du système en saccageant des sous-préfectures pour qu'on parle d'eux aux infos, vous me dégoûtez !
¾ C'est la meilleure, celle-là ! T'as de la chance que j'ai trop peur de sortir à cause de la grippe et que je suis allergique aux masques, sinon je serais parti depuis longtemps !
¾ Au fait, vous connaissez la chanson de Moustaki, « l'Auvergnat » ?

Commentaires
Pierrette N., 45 ans, infirmière dans un service de gérontologie. le 03/07/2009 à 20:47:14Je découvre horrifiée votre mini série « Nestor et Bontempi » qui je suppose se veut humoristique (mais n’est pas drôle qui veut). Quelle honte ! Se moquer de pauvres personnes âgées, rejetées par leurs familles respectives, obligées de cohabiter dans un mouroir minable, seules au dernier étage. Non, messieurs-dames du CAKE, tout n’est pas risible, un peu de respect. Je vous souhaite de vivre très très vieux pour voir ce que ça fait : quand vous vous pisserez dessus en avalant votre dentier, vous ferez moins les malins. Si, comme disait le général, « la vieillesse est un naufrage », vous êtes les cormorans qui se repaissent des cadavres de naufragés. Pourrissez en enfer, chacals !
Le planeur le 08/08/2009 à 15:02:07
T'as vu la vieille comme elle parle: "Pourrissez en enfer, chacals ! "...Moi, je peux la citer: je suis déjà devenu vieux !
Mais elle et moi on a de la chance pourtant, on est, statistiquement, plus proche de la mort que ces pauvres "jeunes"!
L.P.